A l'automne 2012, Henri Bornstein invitait des représentants des associations de quartier, des institutions, des universitaires et de simples citoyens à constituer le Comité FTLM

Comité FTLM : Pour une économie culturelle territoriale et solidaire.

 

Les inégalités culturelles entrainent les inégalités sociales et les inégalités sociales entrainent les inégalités culturelles.
Si nous sommes des idiots rêvant, cultivons le rêve et la culture jaillira là où on ne l'attendait pas.

 

 

Il ne s’agit pas pour le comité FTLM de produire une critique du modèle culturel dominant. Pour autant nous essaierons de penser au-delà de celui-ci, là où peut-être, il ne se risque pas. Là où l’échec des politiques culturelles à prendre en compte l’ensemble des catégories sociales dans l’économie culturelle est patent.

Parce que mondialisé et soumis au diktat de l’économie marchande, le monde de la culture a la très grande tentation d’anéantir tout ce qui n’est pas « commercialisable ». Aussi, il y a lieu d’être particulièrement attentif aux productions culturelles exigeantes issues des quartiers. Dans leur espace de vie, souvent la ville, soumis à des tensions multiples et à de nombreux conflits dont les politiques s’emparent avec difficulté dans un modèle obsolète de Politique de la Ville, les habitants témoignent d’un engagement d’une grande force. La réappropriation par la cité de ces productions constitue un véritable enjeu de société parce qu’elle établit une rupture avec l’assignation dont ces quartiers font l’objet.

Nous partirons du postulat que tout ce qui se produit, ici et maintenant, à l’échelle d’un territoire, lorsque cela constitue un véritable fait artistique, est une richesse à partager par le plus grand nombre et qu’il est urgent de le valoriser dans les lieux dont dispose l’institution. Pour la raison de la démocratie en particulier. Il y a une évidence à affirmer que la réussite n’est pas au rendez-vous de toutes les productions, qu’elles émanent de l’institution culturelle ou pas, et que ce serait un juste rééquilibrage des échanges au sein de l’espace culturel que d’appliquer une telle règle.

Si les tentatives auxquelles nous voulons accorder notre attention ne constituent pas les meilleurs messages politiques pour les communicants de la communauté culturelle, dont l’intérêt se situerait plutôt du côté de gestes artistiques repérés comme « majeurs », l’écriture en « mineur », ancrée dans le monde des quartiers populaires, pourrait bien, telles les mauvaises herbes du terroir culturel, bousculer les codes du marketing artistique. En effet, les créations issues d’écritures collectives du réel expriment fortement la vitalité des habitants des quartiers populaires. Tout en nommant, au travers de paroles citoyennes, l’état du monde, elles questionnent le regard que l’on porte à la fois sur des espaces de vie très stigmatisés et sur leurs habitants. Comment mettre en regard ces formes artistiques nouvelles avec les formes plus traditionnellement repérées par l’expertise institutionnelle ? En tout état de cause il y a nécessité d’un changement de paradigme ! Pour cela, nous sommes favorable à une pratique du « faire » dont nous tenterons de dégager les principes ultérieurement.

Sachant que les formes nouvelles dont nous parlons donnent à ceux qui les partagent autant qu’elles reçoivent, nous pensons qu’elles permettent un véritable troc culturel qui nourrit l’espace social et tisse du lien entre les différentes communautés. Ici rien ne s’achète ni rien ne se vend. L’œuvre elle-même s’échange comme s’échange, au-delà des conventions, le regard.

A ce jour, je ne suis pas sûr que l’esprit qui gouverne l’élaboration des politiques culturelles soit en mesure de penser une économie solidaire de la culture ni d’organiser de manière large un tel troc sur les territoires. Pour notre comité FTLM, à la croisée de différentes disciplines et pratiques culturelles, sociales et politiques, il s’agit d’imaginer, concrètement, comment se dégager du poids de la stigmatisation de territoires soumis à la Politique de la Ville, pour poursuivre un projet culturel territorial sans tabou à partir d’une expérience acquise depuis 2009.

Contribuer à faire tomber le mur de l’assignation qui frappe ce qui est associé au mot quartier pourrait bien être un de nos objectifs.

Henri Bornstein
le 14 mars 2013